Conférence au Synesca par Frère Zadi

Publié le par LE BLOG DE L'INSTITUTION SACRE-COEUR D'ADJAME

 

Journée du Militant du Syndicat National des Enseignants

du Secondaire Catholique de Côte d’Ivoire (SYNESCA)

(28-29-30 Avril 2012 au collège St Jean de Gagnoa)

 

CONFERENCE

Prononcée par le Frère Zadi Roger,

Directeur de l’ISCA, le lundi 30 avril à 9h 30 au collège Saint Jean

 

 

THEME : LA PLACE DE L’ENSEIGNANT DU CATHOLIQUE

                  DANS LE SYSTEME EDUCATIF IVOIRIEN

 

 

Introduction

 

Dans le cadre de votre journée du militant, le secrétaire national du Synesca, Monsieur Kouassi Nestor,  nous a proposé de vous entretenir sur le thème : «La place de l’enseignant du catholique dans le système éducatif ivoirien».

 

Nous avons accepté sans réticence cette proposition, car c’est une marque de considération qui nous honore ainsi que notre personnel. En notre qualité de Directeur de l’Institution Sacré-Cœur d’Adjamé (ISCA), nous venons comme partenaire dans l’enseignement catholique  partager  avec vous quelques réflexions que nous inspire ce thème qui à notre sens se pose sur un fond de crise de l’école en général et de l’école catholique en particulier.

 

Comme vous le savez, nous ne sommes pas syndicaliste. En répondant à votre appel, nous pensons venir en ami à une table de dialogue pour échanger librement, sans faux fuyant, sur des questions d’importance. Nous risquons ainsi une parole dont nous assumons seul la responsabilité.

 

D’or et déjà, nous vous invitons à croire en notre sincérité et en notre engagement à vos côtés. En effet, comment ne pas penser profondément, nous chefs d’établissement, que vos préoccupations de l’heure sont également les nôtres ? Nous ne sommes donc pas venu ici à un réquisitoire, diaboliser. Mais du haut de notre perchoir où vous nous hissez, car vous nous appeler « patrons », nous voudrions participer à la recherche de solutions que vous entrevoyez maintenant, recherche qui vous pousse d’ailleurs, il nous semble, à repenser votre place au sein de  l’institution commune : l’école catholique.

 

METHODOLOGIE

 

L’orientation choisie dans le traitement du thème, nous amène à nous appuyer sur quelques documents officiels de l’Eglise Catholique au sujet de  la nature et de l’importance de l’école catholique. Mais en dehors de ces textes, « chrétiens » nous nous sommes intéressé également à un ouvrage intitulé « Culture africaine et gestion de l’entreprise moderne » de ZADI Kessy, un professionnel du monde du travail. Cet ouvrage que vous avez certainement parcouru est le fruit d’une longue observation du travailleur africain en milieu urbain, mais surtout en entreprise moderne, mode d’organisation quelque peu étranger au monde africain.

 

Bien sûr, en dehors de nos lectures, la charge de direction que nous assumons depuis bientôt une dizaine d’années et les relations de toutes sortes que cette fonction implique, nous permettent de rester auprès du sujet et de lui ouvrir une perspective un peu plus réaliste et critique.

 

La méthodologie adoptée dans cet exposé va commencer par une analyse serrée du thème qui nous est proposé afin d’aboutir à une orientation librement choisie et un questionnement décisif à partir duquel, nous déterminerons les axes de réflexion qui s’imposent.

 

 

I/ L’ANALYSE DU THEME

Après ces indications liminaires, entrons dans le vif du sujet par l’analyse des termes du thème pour la clarté de l’exposé. L’objectif recherché ici est d’éclater le thème afin d’en extraire le cadre dans lequel va se tenir toute l’argumentation qui suivra. Nous allons passer en revue les particules suivantes :

- 1. Place de l’enseignant,

- 2. Du Catholique,

- 3. Système éducatif ivoirien.

 

1. Que pouvons-nous entendre par place de l’Enseignant ?

En jetant un coup d’œil furtif dans le dictionnaire, la définition du mot place semble se restreindre à l’idée de lieu, d’endroit, d’espace qu’occupe ou peut occuper une personne, une chose. Les expressions telles que place prise, place videfaire place à quelqu’un, être à sa place, être sur place, etc., désignent bien un milieu, parfois un rang, une fonction où l’on se tient. Ainsi, la notion de place met-elle une personne en rapport avec une condition spatiale ou sociale, sorte de complément, d’identité qui lui manquerait pour être dans la quiétude.

 

 

Mais, à y voir un peu plus clair, on est poussé à se demander à quoi servirait un lieu réduit à lui-même, une place qui n’ouvrirait pas comme une fenêtre sur un ailleurs attrayant, un appel à une activité salutaire. Occuper une place, n’est-ce pas déjà jouer un rôle, c’est-à-dire se mouvoir et répondre à l’appel de quelqu’un d’autre que soi ? En ce sens, la place de l’enseignant du catholique n’indique-t-elle pas  un appel à prendre sa part de responsabilité dans l’œuvre du catholique ?

 

 

2. Du catholique

Cette expression souligne l’appartenance à un lieu, à un groupement, à une organisation. Le « catholique » renvoie d’abord à l’Eglise Catholique comme organisation, avant de se référer à Ecole Catholique comme institution dépendant d’elle. L’enseignant du catholique, c’est donc bien un enseignant appartenant structurellement, institutionnellement d’abord à l’Eglise Catholique. Dès lors, nous nous situons dans un contexte ecclésial où le sens de place glisse aisément vers celui de vocation, de mission prophétique, de tâche ou de responsabilité partagée dans un champ apostolique commun : le système éducatif ivoirien.

 

3. Le système éducatif ivoirien

Qu’est-ce qu’un système ? Si nous pensons au système solaire, un système est bien un mécanisme dont les différents composants mus par un élément central concourent au fonctionnement harmonieux de l’ensemble. Dans ce sens, le système éducatif ivoirien désigne l’ensemble des politiques, des institutions et des structures de formation mises en place pour l’éducation des enfants du pays. Dans cette optique, comme on peut le remarquer, le système éducatif ivoirien est en fait un regroupement de sous-systèmes éducatifs qui dans leur relation participent au même objectif : l’éducation des citoyens. Le système éducatif ivoirien comprend ainsi les sous-systèmes éducatifs : catholique, protestant, islamique, laïc pilotés par le sous-système éducatif de l’Etat qui en est le moteur.

 

Ce qu’il faut noter, c’est qu’à l’intérieur d’un sous-système, les éléments qui le constituent sont organisés de sorte qu’ils produisent les résultats attendus par ce sous-système auquel ils appartiennent d’abord. Ce qu’il faut comprendre alors ici, c’est qu’un rôle, pour un composant d’un sous-système, n’a de sens et d’efficacité qu’à l’intérieur de ce sous-système auquel il est lié. En dehors de lui, ce composant ne représente rien, car un particulier ne peut influencer réellement une partie à laquelle il est étranger. Autrement dit, la place de l’enseignant du catholique, le rôle de l’enseignant du catholique, ne peut être défini qu’à l’intérieur du sous-système éducatif catholique auquel il adhère. Ce qui est en question ici, répétons-le, c’est ceci : la place de l’enseignant du catholique doit être recherchée dans le système éducatif catholique et non ailleurs. C’est bien là qu’on peut appréhender sérieusement le rôle de l’enseignant du catholique, sa vocation, sa mission. C’est bien là également qu’on peut saisir les faiblesses et  envisager les solutions rectificatives du système éducatif ivoirien dans son ensemble.

 

II/ORIENTATION DU THEME

 

A tout prendre, l’analyse du thème que nous venons ainsi d’effectuer, nous a permis de comprendre que notre chemin de réflexion va résolument vers l’école catholique - exclusivement - à l’intérieur de laquelle, il convient de préciser les attitudes, mieux, la responsabilité de l’enseignant qu’elle emploie. Si le thème doit avoir un intérêt pour nous tous, il doit pouvoir s’orienter vers nos préoccupations actuelles, dans le contexte qui nous est le plus proche et le plus parlant pour nous. Point n’est besoin de se perdre en critiques du système éducatif dans sa globalité comme les mass media savent si bien le faire.

 

Par ailleurs, eu égard au programme des activités de la « Journée du militant », programme alléchant que nous avons parcouru avec beaucoup d’intérêt, nous sommes en droit de rapprocher aisément « l’enseignant du catholique » du « militant » qu’il est, pour correspondre un peu plus à la réalité du moment. Il s’agira, en conséquence, d’éviter de parler en l’air, mais de questionner l’enseignant du catholique en tenant compte de sa condition de militant dans cette perspective innovante où il semble vouloir se tenir désormais.

 

 

III/ QUESTIONNEMENT DECISIF

Quelle est aujourd’hui, la mission de l’enseignant du catholique dans un contexte où l’école catholique en particulier connaît une perte de légitimité et en même temps, de façon paradoxale, se concentrent sur elle les espoirs de la société ? Le thème de cette conférence n’est-elle pas en lui-même, une supplication, une prière qui s’exprime ainsi : « Mère Eglise, que devons-nous faire pour être sauvés ? » Ce qui s’énonce comme ceci : Quelles attitudes, quels engagements, quelles déterminations attendez-vous de nous enseignants, car nous sommes prêts à porter secours à la barque-Ecole Catholique qui tangue sur les eaux tumultueuses des crises multiformes qui accablent l’humanité ? En ce moment précis, quelle est notre mission, quelle est notre vocation, nous en tant que corps professoral, en tant mouvement syndical ? Notre existence, en tant que syndicat, ne se justifie-t-elle qu’à la faveur des dysfonctionnements de la société ? Ou bien, peut-il exister une autre forme de militantisme qui vit de projets et non seulement de rejets, de réclamations ? Pouvons-nous proposer des actions à mener en vue de meilleures conditions de vie, du renforcement des capacités de l’entreprise qui nous emploie sans en attendre forcément du patronat ? Quelles stratégies de luttes permettent-elles de favoriser l’accroissement de la richesse, de la production, du revenu, de la notoriété de l’école catholique ? Parmi tous les moyens dont dispose un groupe qui lutte pour la préservation de ses acquis ou pour accroître ses richesses, lesquels sont-ils ordonnés objectivement à l’atteinte des résultats escomptés ? Que pouvons-nous en toute honnêteté réclamer d’une structure, d’une entreprise en faillite ? Devons-nous laisser mourir la poule aux œufs d’or et réclamer à cor et à cri des œufs à la fermière ? Bref, notre thème ne voudrait-il pas ainsi nous prévenir d’un danger permanent qui est celui de l’anéantissement de notre bien commun : l’école catholique, si nous ne prenons aucune initiative décisive en vue de la sauver ?

 

III/ AXES DE REFLEXION

 

Pour nous, répondre à cette problématique, c’est avant tout demander particulièrement aux enseignants du catholique de comprendre et d’intégrer le sens de trois actions fondamentales :

1 - S’approprier à nouveau le rôle de l’école catholique,

2 - Identifier clairement et lucidement son état actuel et

3 - S’organiser pour son essor.

 

1/ S’approprier à nouveau le rôle de l’école Catholique

Avec la naissance de la crise économique qu’on appelait dans les années 80, « la conjoncture », et à la faveur des tempêtes politiques des années 90 alimentés par ce qu’on appelait le Vent de l’Est, signe annonciateur du multipartisme et peut-être de la démocratie en Afrique, la plupart des syndicats  ont résolument orienté leurs revendications vers des questions salariales. Nous-mêmes, en 1990, à Gagnoa, nous étions enseignant stagiaire à l’école primaire Saint Georges, lorsque les grèves les plus longues de l’enseignement catholique avaient éclaté. Nous avions connu des périodes d’enseignement sans salaires. Jusqu’aujourd’hui, cette situation malheureuse n’a pas beaucoup évolué. Surtout avec la guerre dont nous traversons encore les affres.

 

A n’en point douter, cette situation était propice à une révolte contre non seulement les dirigeants de l’enseignement catholique, mais également contre les principes mêmes qui fondent notre institution. Avec le temps, un écran d’incompréhensions s’est dressé entre ceux que vous appelez les patrons et vous, de telle sorte qu’on a jeté aux oubliettes la dimension qui fait la spécificité de l’enseignement catholique, sa noblesse, son efficacité à toute épreuve. C’est cette dimension oubliée qu’il convient de retrouver, au moment où vous semblez parler de renouveau dans le militantisme.

 

Dans la « Déclaration sur l’éducation chrétienne » ayant comme titre «Gravissimum Educationis », les Pères du Concile Vatican II proclament certains principes fondamentaux de l’éducation chrétienne, spécialement en ce qui touche la vie scolaire. Parmi ces principes, nous vous invitons à retenir quatre :

Le Droit universel à l’éducation, 

L’éducation chrétienne,

Les responsables de l’éducation et

L’importance de l’école.

 

Le Droit universel à l’éducation

Selon Vatican II, l’extrême importance de l’éducation dans la vie de l’homme repose essentiellement sur sa dignité d’enfant de Dieu. Dieu a tellement aimé le monde qu’il a envoyé son Fils afin que quiconque croit, ne périsse point, mais ait la vie éternelle (St Jean). Parce que Dieu l’aime, il devient nécessaire que sa conscience, son intelligence, soient éclairées pour qu’il se tourne vers son créateur et qu’aussi par l’éducation il puisse participe à l’enrichissement du patrimoine culturel et spirituel de l’humanité. Dès lors, éduquer n’est plus un acte facultatif pour l’éducateur chrétien : c’est un devoir imminent pour lui, et un droit pour les autres. Le concile souligne clairement que « Tous les hommes de n’importe quelle race, âge ou condition, possèdent, en tant qu’ils jouissent de la dignité de personne, un droit inaliénable à une éducation qui réponde à leur vocation propre (…) ». Remarquons,  c’est de ce principe énoncé par Vatican II, que découle la tâche de l’éducation chrétienne qui incombe à l’enseignant de l’école catholique.

 

L’éducation chrétienne

Notre enseignement a un objectif précis : en plus de rendre l’enfant apte à s’insérer aisément dans la société, notre enseignement augmente en lui la foi en Dieu, lui apprend à l’adorer et à  mener une vie personnelle selon l’homme nouveau dans la justice et la sainteté de la vérité. Conscient de sa vocation de vivre en Dieu, l’enfant prend l’habitude aussi de rendre témoignage à l’espérance qui est en lui. L’éducation l’aide à transformer le monde dans la perspective chrétienne. Ainsi, les valeurs naturelles sont reprises et intégrées dans la vision de l’homme racheté par le Christ. C’est de cette façon que l’enfant contribue au bien de toute la société, grâce aux responsables de l’éducation.

 

Les responsables de l’éducation

L’Eglise enseigne que cette mission d’éduquer qui revient à chacun d’entre nous est organisée de la façon suivante : d’abord les parents, puis la société civile et l’Eglise elle-même. Les parents, ayant donné la vie à leurs enfants, ont la très grave obligation de les élever ; ils sont pour cela les principaux éducateurs dont le rôle, en cas de défaillance peut être difficilement suppléé. C’est d’abord eux qui doivent créer une atmosphère familiale, animée par l’amour et le respect de Dieu et de tous les hommes. La société civile, quant à elle, garantit les droits et devoirs des parents et des autres personnes qui jouent un rôle dans l’éducation ; elle leur fournit une aide dans ce but. En cas de défaillance des parents, c’est à la société civile d’assurer l’éducation. C’est dans cette vision qu’elle fonde des écoles et institutions éducatives. L’Eglise, en ce qui la concerne, comme une mère, est tenue d’assurer l’éducation des enfants qui inspirera toute leur vie de l’Esprit du Christ. L’école sera l’un des instruments privilégiés de cette éducation.

 

L’importance de l’école.

Pour l’Eglise, l’école est un des moyens pour parvenir à l’éducation selon la foi chrétienne. Mais l’école revêt une importance particulière vu sa mission spécifique : l’école est le lieu de développement assidu des facultés intellectuelles ; elle exerce le jugement, elle introduit au patrimoine culturel hérité des générations passées ; elle promeut le sens des valeurs, elle prépare à la vie professionnelle ; elle rapproche les élèves d’origines sociales différentes. Elle rassemble toutes les composantes de la société pour partager les responsabilités de son fonctionnement et de son progrès.

 

L’éducation chrétienne de la jeunesse est un sujet cher à Jean Paul II et, chaque fois qu’il l’aborde dans ses discours, il ne manque jamais de rappeler le rôle important de l’école catholique. Tout en présentant cette école comme un moyen privilégié pour l’Eglise de remplir sa mission, le Saint-Père montre aussi le service considérable qu’elle rend à toute société. Dans un monde où tout est orienté vers des objectifs matériels et techniques, l’école catholique est celle qui propose le programme le plus complet de formation humaine et chrétienne, embrassant l’homme tout entier et ne laissant de côté aucune de ses dimensions.

 

Dans ses textes, Jean Paul II affirme avec force que l’école catholique garde aujourd’hui plus que jamais, son rôle indispensable pour la meilleure formation des jeunes générations chrétiennes, mais à condition de conserver son caractère spécifique qui est de promouvoir l’homme intégral dans le Christ en qui toutes les valeurs humaines trouvent leur pleine réalisation et leur unité harmonieuse. Le concile Vatican II insiste que les enseignants n’oublient pas que c’est d’eux avant tout qu’il dépend que l’école catholique soit en mesure de réaliser ses buts et ses desseins. Pour cela, qu’ils soient formés sur le plan profane et religieux, afin qu’ils accomplissent leur mission avec aisance et dévouement. Qu’ils soient unis, dans la charité, pénétrés d’esprit apostolique pour rendre témoignage, par leur vie autant que par leur enseignement, au maître unique, le Christ. La fonction enseignante ainsi conçue, le Concile déclare que c’est un apostolat au sens propre du mot, tout à fait adapté et en même temps nécessaire à notre époque ; c’est aussi un authentique service rendu à la société. Les enseignements du Pape Jean Paul II recommandent pour cela aux évêques et à tous les responsables, Prêtres, Religieux et Laïcs, de veiller avec soin à sauvegarder la finalité propre des écoles catholiques.

 

Pour nous résumer, le but que poursuit la véritable éducation est de former la personne humaine dans la perspective de sa fin la plus haute et du bien des groupes dont l’homme est membre et au service desquels s’exercera son activité absolue. Pour nous chrétiens, enseigner ou éduquer devient notre tâche d’évangélisation, de régénération du Monde en Dieu. Eduquer devient une mission dont chacun doit s’acquitter, parce que confiée par le Seigneur qui demande d’annoncer la Bonne Nouvelle à tous les hommes et de tout édifier dans le Christ. Consciente de cette mission,  l’Eglise, en organisant des écoles, veut prendre soin de la totalité de la vie de l’homme y compris  ses préoccupations terrestres, dans la mesure où elles sont liées à sa vocation surnaturelle d’enfant de Dieu.

 

Voilà, si vous voulez, la philosophie essentielle qu’il convient de retrouver, afin que nos activités syndicales ou autres ne dérapent pas, mais soient inscrites dans le cadre de la mission d’évangélisation dans laquelle nous travaillons déjà en œuvrant dans l’école catholique. Appelés à témoigner de notre foi en Dieu, nous devons appuyer nos actions sur deux sources : la Parole de Dieu et l’Enseignement de l’Eglise qui l’interprète. Toute valeur pour nous chrétiens n’est telle que par sa référence à ses deux sources. Comment alors les ignorer sans tomber l’impasse ?

 

Mais cette école catholique qui constitue pour nous le champ privilégié pour le rayonnement de l’évangile du Christ, n’est-elle pas aujourd’hui frappée de plein fouet par une crise multidimensionnelle ? Quel visage présente-t-elle aujourd’hui ?

 

2/ Etat actuel de l’Ecole Catholique ivoirienne

Il ne s’agit pas pour nous de dresser en ce jour un état complet de l’Ecole Catholique de Côte d’Ivoire. Ce serait trop prétentieux de notre part ! Nous voudrions plutôt indiquer quelques points qui nous semblent déterminants dans la perspective des actions à engager dans un court terme. Montrons pour cela les signaux de son état de vivacité mais également de déliquescence.

 

les signes de vivacité

Depuis sa fondation en Côte d’Ivoire au 19è siècle, L’école catholique est portée  par de vaillants missionnaires qui partout ont consacré leur vie à son développement. Instrument d’évangélisation des peuples, elle fait l’objet d’une attention particulière de la part principalement des Religieux et Religieuses, Evêques et Prêtres. Partout, tous la portent à bras le corps. Rendons un hommage appuyé à ces milliers d’hommes et de femmes venus en grande majorité d’ailleurs pour l’implanter et la maintenir. Grâce à leur détermination,  l’école catholique a connu partout un essor dans le pays et sur le continent.

 

Nous notons que cette école est forte parce dirigée par des professionnels et des témoins du Christ ressuscité. Aux côtés des Pères, des Congrégations se donnaient le souci de l’organiser de telle sorte qu’elle soit toujours performante, efficace. Pour les nombreux Instituts Religieux, l’éducation est mieux assurée par les Consacrés dont le charisme est essentiellement tourné vers l’éducation de la jeunesse. Si l’école a  tenu ou peut-être tient encore, c’est justement grâce à leur dévouement sans faille mais aussi aux moyens matériels et financiers apportés, car ils en faisaient leur premier champ d’apostolat ou d’évangélisation des peuples.

 

On peut le constater, l’école à l’origine était paroissiale ou diocésaine. Ne poursuivant pas un but lucratif, elle se donnait pour mission d’aider à la formation de la jeunesse qui devra construire les pays accédant à leurs indépendances ; elle était également le point de rencontre et d’intégration entre Chrétiens et non-chrétiens. Voici un extrait de la lettre encyclique du Vatican, du 6 janvier 1951, extrait rapporté par Paul Désalmand, auteur des ouvrages « Histoire de l’éducation en Côte d’Ivoire » : «La jeunesse, surtout celle qui reçoit une formation scientifique, qui a accès aux études supérieures et aux arts libéraux, prendra demain la tête de sa génération et des affaires. Aussi personne ne refuse à voir l’extrême importance de la question des écoles élémentaires et primaires, ainsi que des collèges. Nous exhortons donc paternellement les chefs de mission à n’épargner ni peine ni ressources pour développer les établissements d’enseignement. Leur utilité vient surtout des relations opportunes qu’ils créent entre les missionnaires et les non-chrétiens de toutes les classes de la société, et surtout du fait que la jeunesse, malléable comme la cire, y éprouve plus aisément le désir de comprendre, d’apprécier et d’embrasser la doctrine catholique. Ces jeunes une fois instruits seront demain, comme chacun le sait, les chefs de l’Etat ; les masses les suivront comme leurs guides et leurs maîtres » 

 

Ce texte montre la vigueur, la perspicacité de l’esprit des concepteurs de l’enseignement catholique. La plupart des cadres, peu importe leur ethnie, leur religion, leur classe sociale, sont fiers d’avoir été éduqués dans l’école catholique. Le respect qui nous est dû aujourd’hui a été forgé par l’Eglise dès les premières heures de l’indépendance.

 

Si on jette un coup d’œil sur les documents confectionnés par la direction de l’Enseignement catholique, dans le cadre de la création du FONASPEC, on peut se rendre compte aisément, que la vision des premiers missionnaires s’est maintenue : si les données n’ont pas entre temps varié, on compte aujourd’hui 15 directions diocésaines qui rassemblent 314 écoles primaires et préscolaires, 36 établissements d’enseignement secondaire général, 19 établissements d’enseignement technique et 2 établissements d’enseignement supérieur technique. Toutes ces structures rassemblent 4 351 enseignants et personnel administratif avec une masse salariale annuelle de près de 5 milliards. Par an, ce personnel encadre plus de 115 311 élèves. Quant aux résultats scolaires, ils sont parmi les meilleurs du pays.

 

Voilà des ressources qu’il s’agit d’organiser avec beaucoup de professionnalisme, si nous voulons en tirer profit. La rigueur qui est une caractéristique importante de l’éducation catholique devrait nous permettre de le faire intelligemment. Avec un personnel de plus de 4 000 employés dont la masse salariale annuelle avoisine les 5 milliards de nos francs, ayant à la clé le professionnalisme, la rigueur, le sens de la responsabilité, les valeurs évangéliques du respect du bien d’autrui, du sens du partage, de l’humilité et du service comme vocation, l’école catholique devrait se constituer non seulement en locomotive de l’enseignement ivoirien, mais également dans la recherche et l’accumulation des capitaux qui permettent d’accomplir sa mission sans encombre.

 

Par ailleurs, la jeunesse du personnel actuel, leur formation diversifiée et leur ouverture aux nouvelles technologies d’organisation constituent des atouts majeurs qu’il faut exploiter judicieusement, non seulement au plan des questions financières, mais aussi au plan de la gestion administrative des écoles. Pour tout dire, dans cette vision, les questions matérielles qui aujourd’hui sont en passe de devenir la préoccupation majeure des chefs d’établissement et des syndicats de l’enseignement catholique devraient être cernées avec efficacité par le personnel. Si l’union fait la force, accompagnons cette force d’ingéniosité, de pragmatisme en vue du salut de notre bien commun : l’école catholique. Or, quand nous considérons le paysage actuel de notre école, il  semble que nous sommes dans une sorte de léthargie.

 

 

Les faiblesses de l’enseignement catholique

Nous notons trois difficultés majeures à notre enseignement :

La diminution et le vieillissement des membres des congrégations enseignantes,

Le manque d’une préparation sérieuse pour la relève et

Les pesanteurs culturelles ambiantes.

        

         L’école catholique, nous l’avons vu plus haut, est portée essentiellement en Afrique, par des Religieux et Religieuses qui en font leur œuvre essentielle. Elle bénéficiait des richesses matérielles, intellectuelles, morales et spirituelles de leurs congrégations. Leur nombre relativement important, il y a quelques années, leur zèle inlassable et le peu d’intérêt pour la promotion individuelle avaient largement contribué à l’essor de l’enseignement catholique. Aujourd’hui, avec l’entrée sur scène de religieux africains peu formés ou parfois attachées à des ambitions personnelles, avec l’arrivée de laïcs qui ont légitimement besoin de nourrir leur famille, de les éduquer convenablement, le problème de salaires et la question récurrente de leur augmentation devient un boulet aux pieds de l’Eglise.

 

C’est bien une triste réalité que de constater que les écoles situées en dehors d’Abidjan, sont dans le dénuement total, du fait de la pauvreté des parents  dont le revenu mensuel est presque inexistant. Les écoles primaires qui se sont développées aux pas du missionnaire, de même que quelques collèges, dans le pays profond, ne sont pas des structures d’autofinancement viables. Le contexte actuel de crise politique, de marasme économique et de guerre latente ne fera pas voir le bout du tunnel, dans un proche avenir, si rien ne se fait.

 

Dans leur état et structures actuels, les écoles et collèges sont à caractères missionnaires et pour cela ne constituent pas un vivier important à même de faire des économies substantielles pour leur personnel. Ignorer cet aspect et s’accrocher à une grille miraculeuse dite de 1998, c’est se battre contre son ombre. Les primaires, dans une proportion assez importante dans les milieux ruraux et les villes de l’intérieur ne vont pas s’en sortir de sitôt et par coup de baguette magique. Là où les parents ne peuvent pas payer 10 000 F l’année, il est mal indiqué d’y aller chercher un salaire même  de 50 000 F par mois.

 

Le problème de l’enseignement catholique, partout sur le continent, c’est qu’il est resté dépendant de l’esprit missionnaire de générosité qui a favorisé la main tendue chez nous tous. Pour chacun de nous, il suffit de regarder les bâtisses et les grands espaces qu’occupent nos écoles pour conclure qu’il y a de l’argent : «Ils ont l’argent ! » entend-on dire souvent.

 

D’autres parts, parce que liées aux diocèses,  de même qu’aux instituts religieux dans leur spécificité, l’Enseignement catholique n’a pas encore une structure véritablement unitaire dans sa gestion financière et administrative. Même si les revendications se posent au niveau national, il reste que chaque diocèse, chaque établissement secondaire gère son personnel et ses questions de salaires individuellement. Dans ces conditions celui qui est plus entreprenant ou qui a des secours extérieurs peut s’en sortir plus ou moins bien que celui qui ne compte que sur les scolarités. C’est en ce sens que nous nous demandons pourquoi nous n’avons pas privilégié des solutions locales dans la gestion de nos établissements.

 

A part la gestion calamiteuse de nos établissements, il est important de relever quelque peu les difficultés liées au personnel même. En effet, nos comportements, nos idées, notre culture ne semblent pas avoir épousé l’ère moderne, celle de l’économique et de la recherche du profit par le travail : c’est vrai que nous sommes à l’heure de l’informatique et de toutes sortes de technologies les plus perfectionnées. Mais, notre être africain ne suit pas. ZADI Kessi Marcel, dans son ouvrage « Culture africaine et Gestion de l’entreprise moderne », souligne l’impact des traditions africaines sur notre comportement. Pour lui, « le fait culturel est d’autant plus important dans le processus de développement qu’il conditionne les manières d’être, de penser et d’agir d’un peuple, qui se transmettent de génération en génération » (p.100). Cependant, cette culture n’est jamais suffisamment critiquée : la mentalité communautaire qui consiste à s’occuper de tout le monde, même des fainéants est véritablement un blocage dans l’avancement individuel. Un salaire mensuel sensé nourrir, au plus cinq personnes, sert non seulement à nourrir plus d’une dizaine à la maison, mais également à participer à toutes sortes de cotisations. Sans compter les interventions pour des soins d’une multitude de parents. A cela, il faut ajouter ses propres ambitions, le désir de vivre dans un certain luxe, sans tenir compte de ses propres moyens. Combien parmi nous savent-ils se conformer à l’exécution de leur budget familial ? Combien savent-ils vivre de leurs salaires même dérisoires ? C’est entendu que nos relations deviennent conflictuelles à cause du manque d’un savoir-faire en matière de gestion de nos maigres moyens et de nos ambitions personnelles.

 

Nous citons encore ZADI Kessy Marcel, pour étayer notre propos sur cette question des lourdeurs culturelles qui empoisonnement l’environnement du travail : « Les diverses pressions que subit l’entreprise moderne face à l’environnement social et aux salariés laissent finalement croire que ces derniers n’attendent de l’entreprise rien que des faveurs et la sécurité sociale au détriment de la production. Il est clair que cette façon de vouloir vivre en entreprise, comme dans nos villages, va contre l’initiative privée et la recherche du profit individuel. Une telle mentalité a tendance à pervertir l’entreprise africaine et à faire de sa gestion, ‘‘ plus une gestion de la redistribution de la richesse… comme si l’entreprise était richesse en soi’’. Or les exigences de la rationalité de l’entreprise moderne n’autorisent pas une telle confusion. Ses conséquences sont redoutables pour sa survie. » (p.107).

 

Bref, de même que les entreprises dont le but essentiel est de faire du profit courent vers l’échec, si elles ne maîtrisent pas les pressions de nature salariale de leurs employés, de même une école qui ne vit que de scolarités ne sera pas à même de faire face aux dépenses d’entretien, d’amélioration et d’augmentation de ses infrastructures si elle doit redistribuer de quelle que manière que ce soit, en plus des salaires mensuels, le peu de bénéfices qu’elle tire ici et là sur quelques activités parallèles. En ce moment, les écoles les plus performantes, vivent souvent de dons et de relations extérieures. Celles qui ne comptent que sur des scolarités (de plus en plus improbables surtout pour les localités loin d’Abidjan) tombent progressivement en ruine. D’où une gestion rigoureuse s’impose aussi bien aux Directeurs chefs d’établissements qu’à leurs employés. Une telle situation nous interpelle vivement, autant que nous sommes, à imaginer des pistes de réflexion dès à présent.

 

3/ Quelques pistes pour aider l’école catholique

Pour éviter de laisser aller à la dérive l’enseignement catholique, nous devons dans un bref délai, prendre le taureau par les cornes. Parmi les solutions possibles, nous entrevoyons trois :

La solidarité autour du projet FONASPEC, notre fonds de solidarité,

la Formation du personnel administratif à la gestion et à la réorganisation des structures de gestion,

enfin le soutien effectif des syndicats de l’enseignement catholique au projet mis en route.

 

La solidarité autour du projet FONASPEC

Sous l’égide du Père Marcellin Kouadio, aujourd’hui, Evêque de Yamoussoukro, l’enseignement catholique a mis en place le Fonds National de Soutien et de Promotion de l’Enseignement Catholique (FONASPEC). La création de ce fonds exprime bien l’idée qu’il nous faut développer désormais une politique dynamique pour sécuriser et stabiliser nos ressources humaines et financières qui doivent contribuer au bon fonctionnement de tout le système éducatif catholique.

 

Ce fonds parle d’argent, mais dans sa réalisation, c’est une véritable solidarité qui devra naître entre les différents acteurs ; c’est le sens de l’entreprise que chaque partenaire va acquérir. En conséquence, cet esprit de la main tendue va se ramollir pour qu’enfin, on compte dans un premier temps sur nos propres énergies, nos capacités, nos facultés à imaginer des solutions pratiques devant l’adversité. A notre avis, notre réussite sera avant tout un bouleversement intervenu dans notre être d’Africain toujours attentiste. Il faut conjurer le mauvais sort pour que l’esprit de détournements de fonds s’éloigne de nous. Que l’esprit de charité que nous enseigne notre religion vienne prendre possession de nous. C’est une prière.  Pour ce fonds comme pour tout projet, la formation est de mise.

 

La formation du personnel administratif et la réorganisation des structures

Une de nos tares, dans l’Eglise, c’est souvent la mise en avant de la satisfaction des ambitions des gens, au détriment de la compétence requise pour une fonction donnée. A l’heure où le nombre des Religieux et Religieuses diminue de façon drastique, les laïcs qui les remplacent doivent se former pour acquérir des compétences réelles. Il ne s’agit plus de se contenter d’un diplôme universitaire. Il s’agit de chercher à acquérir les compétences d’un chef d’entreprise. Il faut se donner une culture d’entreprise. L’entreprise étant marquée par la rationalité, la recherche du profit, l’accroissement de ses capitaux, c’est un modèle à imiter, avant d’avoir un regard pour notre spécificité chrétienne. On ne peut pas aujourd’hui venir diriger une école, tout juste parce qu’on est membre d’une congrégation, parce qu’on est prêtre, parce qu’on est le cousin, le frère ou l’ami de telle ou telle personnalité au sommet de l’Eglise. Il faut s’y préparer soi-même par l’étude aussi bien des connaissances dites profanes que religieuses. Des instituts, écoles et universités de formation à la tâche de gestion existent dans notre pays : le Centre Lasallien Africain (CELAF), l’Université Catholique de l’Afrique de l’Ouest (UCAO), sans compter les nombreuses écoles supérieures de la place.

 

Nous fondons beaucoup d’espoir sur la jeunesse montante qui a bénéficié d’un environnement de formation intéressante. Beaucoup parmi vous les enseignants ont étudié dans le domaine des finances, la comptabilité, la logistique, la communication, l’informatique, la gestion des ressources humaines, etc. Il y en a qui sont formés aux sciences de l’éducation. Il faut rechercher ces compétences pour les mettre à la place qu’il faut. C’est à cette condition que nous allons quitter l’amateurisme, l’à peu près. Pour tout dire, il reste à moderniser la gestion de nos établissements, à les rendre compétitifs, grâce à nos capacités d’invention, d’imagination. Dans cette tâche, le personnel enseignant ou encore les militants que vous êtes ne devront pas rester de marbre, spectateurs.

 

Le soutien des syndicats

Bien que le rôle premier d’un syndicat soit la défense des intérêts de ses membres, il n’est pas interdit qu’il soit proactif, imaginatif. La situation actuelle du système éducatif catholique interpelle les consciences au dépassement des questions classiques de salaires. Quand l’école dans son ensemble doit plusieurs milliards de nos francs à la CNPS, et des centaines de millions comme arriérés à son personnel, c’est d’une solidarité effective dont nous avons besoin. Le premier soutien aujourd’hui, pour tout syndicat, c’est de différer les questions salariales et de s’en tenir pour l’instant à la création de nouvelles conditions de richesses.

 

Créons les richesses dans tout le pays, pas seulement à Abidjan, avant de passer à la question de la redistribution. Monseigneur Agré aime à dire souvent que l’Ivoirien est assis sur de l’or, mais il ne voit rien. En effet, nos terres sont fertiles, et les conditions climatiques sont favorables. Pourquoi ne pas créer des champs de palmier à huile, d’hévéa, de tecks ? Comment ne pas participer au commerce du vivrier ? Pourquoi ne pas se lancer dans le transport, l’immobilier, la création d’établissements scolaires dans les zones viables du pays ? Avec l’esprit d’organisation qui nous marque, et à la faveur du climat des affaires incitatif en Côte d’Ivoire, pourquoi un syndicat ou même un établissement où qu’il se trouve, n’aurait pas ses propres réalisations dans le but de créer des richesses afin de subvenir convenablement au besoin de chacun ? Quand le Seigneur dit à ses Apôtres qui l’interpellent sur la souffrance des gens : «Donnez-leur à manger vous-mêmes », n’est-ce pas qu’il en appelle ainsi à leur savoir-faire, à leur esprit d’ingéniosité ?

 

Mais un tel dévouement, soyons réalistes, n’aura de réelle prise que sur les jeunes enseignants, en quête d’une stabilité sociale certaine. Beaucoup parmi nous, pour avoir atteint l’âge où les forces physiques se déclinent, devront faire la place à un personnel dynamique ; ce sera un devoir de solidarité et de charité dans la communauté chrétienne que nous constituons tous. Ce sera là également un grand signe d’amour pour l’école catholique qui capitalisera l’énergie de ses jeunes enseignants pour son relèvement.

 

En définitive, notre salut dépend de notre capacité à réorganiser les écoles, à leur donner un profil nouveau en vue des objectifs économiques mais aussi ecclésiaux que nous voulons atteindre dans le court, moyen et long terme.

 

 

 

CONCLUSION

En conclusion, la place ou la mission de l’enseignant du catholique consiste à prendre sa part de responsabilité dans le relèvement de l’institution scolaire catholique en difficulté. Il ne s’agit pas de tout polariser sur l’économique, la recherche effrénée du profit au détriment des biens spirituels auxquels l’enseignant du catholique doit tendre de tout son être en définitive.

 

La place de l’enseignant du catholique est aujourd’hui dans le spirituel et dans l’économique en même temps. Cessons de rêver que la manne va toujours tomber du ciel, des mains du bon Dieu qui nous a déjà rendus responsables les uns des autres par cette question adressée à Caïn : « Qu’as-tu fait de ton frère ? »

 

Frère Zadi Bley Roger

Directeur de l’Isca

02-58-80-03

 

DESALMAND Paul, Histoire de l’éducation en Côte d’Ivoire. De la Conférence de Brazzaville à 198, Les Editions du CERAP, p. 163.

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Publié dans Formation

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